L’aube le soir ou la nuit, ou comment refouler son sujet.
Un an avec Sarko, dans les avions, les palaces, les hélicos, en Corse ou en compagnie de Tony Blair, en Algérie avec Bouteflika, virevoltante avec son petit carnet de notes et sa trousse de maquillage (ohlala, à jamais faire, sur ce dernier point, Yasmina aurait besoin d’un coaching en snobisme, autant peut-être qu’en maquillage !!!), ç’aurait dû être drôle, émouvant, cruel, léger, profond, désinvolte ou sérieux. Enervant, dans tous les sens du terme.
Ben non, rien de tout ça, ou si peu.
L’aube le soir ou la nuit, c’est, de mon avis éminent, complètement surfait ou plutôt pas fait, et complètement déceptif.
D’abord, c’est un tout petit livre, 186 pages. Un fascicule aurait dit un Valéry Giscard d’Estaing, prémonitoire. Bien sûr, on peut toujours dire, comme la majorité des critiques autorisés, que ce genre, impressionniste, et qui n’est pas du journalisme..., c’est ciselé, enlevé, etc...
Ben non, rien de tout ça, ou si peu.
Alors, et Sarko me direz-vous ?
Ben, il est pas arrangé. Surtout physiquement, ce qui rend ce livre, le truc le plus détestable que j’ai jamais lu. L’auteur ne loupe aucune bizarrerie physique du futur Président.
Ainsi, Yasmina REZA se vante d’avoir été la première a remarqué une légère claudication chez le Président. D’avoir décelé chez lui de la gloutonnerie, il mange vite, ce qui n’est pas chic... Qu’il aime les Rolex, ce qui n’est pas chic... Que ses cravates et ses costumes ne sont pas de son âge... J’ai l’impression de voir un petit garçon, écrit-elle d’entrée de jeu (page 12). Et encore, ceci page 18 : Quand je dis dans son entourage qu’il a l’air d’un petit garçon, on me regarde avec stupeur.
Mais le passage le plus hallucinant, c’est celui-ci : Un thé chez mamie. Page 13, on quitte Sarko pour se rendre chez la grand-mêre de YR. Le dégoût féminin - pour le phallus et en tout cas les attributs virils - le plus caricatural y est exposé par le menu.
Appréciez un peu :
Mamie ne veut pas voter pour Bayrou : "un homme qui a fait 6 enfants à sa femme. C’est un maladroit". Non plus pour le vieux qui finit en i "il vendrait du saucisson d’âne corse à la Baule les Pins, ce serait parfait".
"Nicolas est trop nerveux... Il lui manque 10 centimètres, ça le gêne au niveau charismatique international. Mitterrand, on s’apercevait pas qu’il était petit parce qu’il était placide, alors que Nicolas est un fox-terrier qui court partout en aboyant." Mais, le must c’est pour José Bové : "d’abord je ne ferai rien pour lui avant qu’il ne se rase la moustache. La pipe, je la lui casserais, pang ! La moustache et la pipe, deux choses que je ne supporte pas chez un homme.
Bref, le Président est moche. Quand il porte des lunettes de soleil, il ressemble à Joe Pesci, supposé moche également. Page 145 : NS et ses Ray Ban Aviator ressemble à Joe Pesci dans une ruelle de Palerme qui rend, selon l’auteur, "impossible toute exhibition raisonnable de sa personne en lunettes".
Sinon, et pêle-mêle, YR a des idées pourries
Par exemple, elle propose que la dernière image de la campagne officielle montre NS prenant un verre avec un grand écrivain au Palais Royal (page 152). Tout à fait son genre et les électeurs n’attendaient que ça. Encore plus ridicule, sa volonté d’une "conversation réelle", oui vous avez bien lu, "une conversation réelle", avec le nouveau Président, qui sympa, lui accordera volontiers, mais dont elle regrettera cependant ne pouvoir rien tirer !!!! (p 184).
Enfin, Yasmina Reza pense, sincèrement et sans doute à juste titre, qu’elle est la seule à remarquer certaines choses, une phrase importante d’un texte littéraire, la claudication du Président, une répartie qu’elle juge fine mais qui n’est pas reprise par les journalistes, etc... Mais trouve matière à le souligner, ce qui la rend pompeuse et moraliste. Mais non, j’oubliais, c’est Sarko qui est vaniteux !
Je ne m’étais jamais intéressée à la carrière de Y. REZA
Ma grand-mère dirait - moi aussi j’ai une grand-mère - c’est une fille intelligente, et moi je lui répondrais que malgré son intelligence subtile, j’ai envie d’ajouter, "réelle", YR ne comprend rien à rien.
Il lui manque d’aimer à la folie Chimène Badi ou Dick Rivers. Parce que préférer écouter les expériences guerrières de MAM, ah oui, voyez donc une femme qui fait aussi bien qu’un homme comme c’est bandant, à Sarko, c’est le propre (le mot est choisi) d’une fille intelligente...
Intelligente, oui, mais pas extra-lucide, pas comme Philippe Sollers, qui un mois avant l’interview-pétage de plomb du Président sur CBS, écrivait dans le JDD (30/09), "Me voici à la télévision, devant deux professionnels : je les largue en cinq minutes, ils ont à peine le temps de balbutier une question que j’en suis déjà à la quatrième...."
Aujourd’hui, NS est (enfin !) seul. Il est Président de la République, Cécilia a craqué, elle s’est barrée**. A la sortie de L’aube, le soir ou la nuit, les noms des vainqueurs de la 68ème édition des International Best-Dressed de Vanity Fair furent publiés et Nicolas SARKOZY fut désigné comme l’un des hommes de la planète les mieux habillés. Il se dit également, à cette période, que YR avait fuit loin de Paris.
Le beau est toujours bizarre.*