Le roi d’Espagne, Philippe III, serait décédé après s’être trop approché d’un four. Au départ, il ne souhaitait que se réchauffer un peu. Déplacer lui-même son fauteuil, ne lui avait pas semblé convenable, mais comme d’habitude, le domestique était introuvable... A la Cour autrichienne, on était plus attentif. Une nouvelle domestique était présentée à l’impératrice Maria-Theresia d’Autriche. Elle était encore très jeune, grattait nerveusement le sol avec ses pieds, son visage devenait aussi rouge qu’une dinde et elle tremblait. L’héritier au trône, Joseph, qui assistait à l’entretien d’embauche, chuchotait à l’oreille de sa maman : « Faites attention ! Elle s’apprête à pondre un œuf… »
L’anecdote de Louis II de Bavière qui ordonne à son laquais : « Partez et abolissez la démocratie en Amérique » est aussi touchante que la réplique ahurie de l’empereur Ferdinand I lorsqu’on lui annonça que le peuple avait commencé une révolution. « Mais, ont-ils le droit ? » Dans ce même registre, le faux-pas le plus célèbre du président allemand Heinrich Lübke en visite au Libéria : « Mesdames, Messieurs, chers nègres….. »
Louis XIV se vantait de pouvoir anoblir 20 personnes en un quart d’heure. A cette vitesse-là, une erreur est vite arrivée. Outre-Rhin, Friedrich II, le « Grand » remarqua dans sa Cour un homme qui n’avait pas de manières. « Mais qui a donné les lettres de noblesse à cet abruti ?! » « Sa Majesté, votre père. », répondit son secrétaire. « Alors il lui manquait encore de l’expérience. », commenta le roi.
La princesse Pauline Metternich voyageait pour la première fois non accompagnée et en transport en commun. Un voyageur dans le même compartiment lui demanda si elle était gênée par la fumée. « Je ne sais pas », répondit-elle. « Jamais auparavant quelqu’un a osé fumer en ma présence ». Ce fut sans doute un moment très excitant pour la princesse !
Georges VI en regardant les peintures de John Piper, spécialisé dans les tempêtes de mer : « Vraiment dommage que vous ayez toujours un temps misérable… » Le dédain qu’évoquent certaines naïvetés est souvent plus meurtrier que celui du snobisme intellectuel ou artistique. Tout dépend de la personne qui le dit.
Saviez-vous que le baron allemand Theodor von Neuhoff fut pendant 19 ans roi de Corse ? Les Corses croyaient durs comme fer qu’il allait résoudre leurs problèmes. Mais le name-dropping du baron n’était que du vent ! Il s’étonna d’abord que l’aide promise par les autres nations mit autant de temps à arriver, puis décida de se rendre sur le continent pour se renseigner. Il voyagea ainsi pendant des années, suivi par quelques créanciers et administrations. Accablé de dettes, il finit sa vie en prison. Lorsqu’on lui demandait ce qu’il possédait, il répondait : « Je ne possède rien, à part la Corse… »
Edward, surnommé le prince noir, fils du roi Edward III, aimait la guerre. Lorsqu’il fut invité pour un banquet à la Cour française, il répondit : « C’est avec plaisir que j’accepte ! Je me fais accompagner par 40.000 hommes, si vous n’y voyez aucun inconvénient… » Il ne reçu jamais de confirmation. C’était un genre d’humour et de snobisme auquel les aristocrates français n’étaient pas habitués.
On ne vit jamais les têtes des empereurs allemands sur les timbres. Vous savez pourquoi ? Guillaume II ne voulait pas être « léché par le derrière » et « tapé dessus par le devant ». Deux raisons extrêmement valables ! Les arguments, sous le règne de Louis XIV, des 40 membres de l’Académie Française, qui faisaient la grève afin d’obtenir des fauteuils avec des accoudoirs, jugés plus dignes, le sont tout autant. Tout comme celles d’une reine des Francs, Austrechilde, agonisante, qui demande à son époux que ses deux médecins personnels et incapables soient exécutés. Encore une forme de snobisme qui a disparu !
L’auteur George Bernard Shaw invite Winston Churchill : « J’ai réservé deux places pour vous pour la première de ma pièce. Amenez un ami, si vous en avez. » Churchill répondit : « Malheureusement, je suis déjà pris ce jour-là. Je serais ravi d’assister à la deuxième représentation s’il y en a une. »
Le chancelier autrichien Metternich lui, méprisait les Anglais parce que leur français était minable. En effet, chaque bourgeois viennois le parlait mille fois mieux que l’aristocrate anglais. « Ce n’est pas un miracle. », commentait lord John Dudley. « Nous n’avons pas eu deux fois la visite de Napoléon pour nous l’apprendre ! »
Une journaliste demanda un jour, à Edward, le fils de la reine Victoria, si sa mère allait être heureuse au ciel. « Je ne sais pas », répondit-il. « Elle doit certainement marcher derrière les anges et je suis convaincu qu’elle déteste cela. »
Souvent, en effet, les reines ne manquent pas de répondant. L’empereur Guillaume II tenta d’impressionner la reine Wilhelmine des Pays-Bas : « La plupart des soldats allemands mesurent presque deux mètres ! » La reine répliqua : « Et alors ? Si nous ouvrons nos digues tout sera sous trois mètres d’eau ! »
On pense aussi à Marie-Antoinette, surnommée « Madame Déficit ». Anne Boleyn était également très coquette. Selon sa servante, elle était ravie d’apprendre que son bourreau était spécialement venu de France et qu’elle était très sensible au fait d’être décapitée par une épée et non par une hache ordinaire à cause de sa « petite nuque ».
Thomas Favras, l’aristocrate qui voulait aider Louis XVI à s’évader, s’écria en lisant sa condamnation à mort : « Mon Dieu ! Il y a trois fautes d’orthographe ! »
Il est enfin, des snobismes qui ont horreur de l’excitation.
Celui qui ne pratique pas la blasé-tude est immédiatement repéré ! Lorsqu’on dit au général Dienekes que l’armée perse était tellement grande que ses flèches allaient assombrir le ciel, celui-ci répondit : « Tant mieux ! On se battra à l’ombre. » Il semble si simple de garder son sang-froid ! En voici, un autre exemple : Hitler au pouvoir, charge plus de cent professeurs d’écrire des livres afin de prouver qu’Einstein avait tort. Einstein commenta blasé : « Si j’avais tort, un professeur et un livre auraient suffi. »
Pierre Le Grand en visite à Londres s’étonna de la quantité de gens qui quittaient le tribunal. « Qui sont tous ces gens ? », demande-t-il. On lui explique que ce sont des avocats. « Autant ? », se renseigne-t-il. « En Russie, nous en avons quatre. Et j’envisage en pendre deux en rentrant. »
Ce qui rappelle un peu l’anecdote du prêtre qui demanda au premier ministre espagnol Ramon Narvaez sur son lit de mort, s’il voulait pardonner ses ennemis. « Je n’ai pas besoin de faire cela, répondit-il. « Je les ai tous fait tuer. »

Singulièrement vôtre,
Anton Moonen